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    Le Linge brodé
    Une origine décorative mais surtout utile.
    Loin des conditions d'hygiène actuelle où l'on se change tous les jours, au 19ès, on ne changeait de vêtements que tous les 8 jours et cela était considéré comme fréquent. C'est pourquoi chaque foyer devait disposer d'une quantité de linge de maison afin de tenir jusqu'à la prochaine grande lessive qui s'effectue généralement deux fois pas an quand la météo est propice. Il n'y avait pas de machine à laver, les femmes allaient à la rivière ou au lavoir. La grande lessive du printemps porte bien son nom, puisque la saison est favorable: l'eau n'est plus gelée et le linge peut sécher facilement dehors plutôt qu'à la chaleur des cheminées qui servent à chauffer les petites maisonnées. Par ailleurs, aux autres saisons, nombre de femmes sont occupées aux autres travaux domestiques et agricoles.
    Il faut ainsi pouvoir reconnaître aisément le linge de chacune au moment de ces grandes lessives. Voici donc l'apparition du linge dit "marqué", brodé aux initiales de la fiancée, ou des deux futurs époux si les fiançailles sont longues.
    Par ailleurs, les chiffres servent à apparier et à numéroter les draps. Chaque paire est composée de son drap de dessous et de son drap de dessus. Les draps du trousseau sont assemblés deux par deux. Les numéroter permet de les faire tourner. On gère ainsi l'usure mais on comptabilise aussi le linge, qui coûte très cher.
    La jeune fille commence avec les marquoirs. Toute jeune femme de bonne éducation doit savoir broder à la perfection. Elle commence son apprentissage à l'école avec les "marquoirs", morceaux d’étoffe sur lesquels elle brode au "point de marque" (ancêtre du point de compté) les lettres de l'alphabet et les chiffres. Elle y marque également son nom, prénom et année de réalisation; un bon exercice d'écriture, de calcul et d'apprentissage de son rôle de maîtresse de maison. Il servira de référence lorsqu'une fois mariée, elle souhaitera agrandir ou renouveler son trousseau.
    La réalisation du trousseau était également un acte symbolique. En apposant des lettres de couleur "rouge sang" sur le tissu, l'écolière alors âgée d'une douzaine d'années, inaugurait le passage dans sa vie de femme. En outre, la marque est toujours réalisée en rouge car cette couleur résiste bien aux nombreux lavages.
    Puis vient le temps de préparer son trousseau. Il est réalisé à l'aide de la mère. Cela prend du temps, une dizaine d'années environ, après la communion de la fillette ou après avoir quitté l'école. Le terme trousseau vient du vieux français "trousser" qui signifie "mettre en paquet". Le trousseau était donc un "paquet de linge" que la jeune fille emportait en quittant ses parents pour se marier et devenir maîtresse de maison.
    Le linge de maison:
    • 18 paires de draps
    • 30 taies d'oreillers
    • 2 douzaines de tabliers
    • 8 douzaines de torchons
    • 4 douzaines de serviettes de toilettes
    • 5 douzaines de serviettes de table
    • 5 nappes.
    Linge de corps:
    • 24 chemises
    • 12 pantalons
    • 2 combinaisons
    • 8 cache corsets
    • 8 jupons
    • 2 matinées (pyjama ou chemise de nuit)
    • 48 mouchoirs
    • 18 paires de bas
    Un code bien établi.
    Chiffrer ou marquer le linge consiste donc à y broder ses initiales.
    Le linge de corps est marqué, pour l'homme aux initiales de son nom et prénom, et pour la femme c'est aux initiales de son prénom et du nom de son mari. Quant au linge de maison lui se marque aux initiales des deux noms de famille, le nom de l'homme étant placé en premier.
    Lorsque ces initiales sont petites, on parle de "marques". Lorsqu'elles sont grandes et décoratives, on parle de "chiffres". Le marquage du linge répond à un code plutôt rigoureux et normalisé. Les initiales se placent d'une certaine façon et doivent avoir une certaine taille selon la pièce à broder.
    Pour les draps, c'est au dessus du large ourlet, centrées, à 15 ou 25 cm du bord.
    Pour les taies d'oreiller, elles sont assorties aux draps mais plus petites.
    Pour les nappes, on brode au centre dans le sens de la largeur.
    Pour les serviettes de table, elles sont assorties à la nappe, au centre ou dans l'angle.
    Pour les serviettes de toilette, c'est dans l'angle ou au centre de l'ourlet.
    Pour les mouchoirs, on brode dans l'angle. Personnellement je trouve que les mouchoirs font partis des plus belles pièces d'un trousseau de jeune fille. Selon les règles édictées par la bourgeoisie de l'époque, les lettres des mouchoirs se brodent en 12mn de hauteur.
    L'évolution des lettres brodées suit aussi l'évolution de la typographie.
    Si le marquage est purement utilitaire, la broderie quant à elle est un raffinement ornemental. Elle est souvent réalisée "blanc sur blanc" pour la lingerie. Elle témoigne d'une condition sociale aisée. On montre ainsi que l'on a fortune et loisirs permettant d'occuper son temps à embellir le linge.
    Au 19ès, on marque le linge avec des lettres romaines et gothiques. Puis jugeant ces caractères trop limités, les brodeuses en inventent d'autres, plus ornés, plus imposants, réalisés à partir de planches de modèles. Les monogrammes composés des initiales enlacés des futurs époux s'enrichissent de modèles de lettres d'alphabets en écriture gothique, anglaise, romaine ou bien fantaisie.
    On peut arriver ainsi à dater le linge en fonction du type de lettre utilisé selon les modes de l'époque et des arrivées de nouvelles typographies marquant le développement de la presse dans la vie quotidienne.
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  • Commentaires

    1
    Samedi 12 Octobre à 18:49

    mon dieu, que cela devait être fastidieux ... quand on y pense moi j'ai fait mon "trousseau " à ma façon lorsque j'habitais chez mes parents !! j'en suis partie à 24 ans, pour prendre mon T1 , mais pendant 2/3 ans, j'achetais de la vaisselle me souviens d'un service noir et gris perle.. une assiette ronde gris perle grande et une assiette ronde noire que l'on posait dessus, et les couverts aussi, des verres, des casseroles, je me suis achetée petit à petit des trucs.. et à 25 ans j'étais chez moi, et j'ai fêté mes catherinettes, mes copains copins m'avaient acheté  une cocotte minute, plat à tarte, un faitout et d'autres trucs, services à thé etc.. mine de rien ça m'a bien aidé quand je me suis installée, jai juste pris un crédit pour m'acheter mon salon, canapé fauteuil, lit, et machine à laver.. j'avais récupéré la salle à manger de ma gd mère pas terrible mais qui m'a bien arrangée.

    je n'ai jamais appris à broder, ni à coudre par contre je sais tricoter, ça j'aime bien..

    toujours malade j'ai attrapé la grippe, et j'ai rechuté donc repos.

    un bon week end et un bisou flo

    2
    Zoe
    Samedi 19 Octobre à 17:23
    Elles faisaient des merveilles!les nappes brodees,les draps ajoures...J'ai appris"le point de marque" au primaire,en rouge,en effet...lol!
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