• AGIR, ATTENDRE ET ESPÉRER

    Il faisait un beau soleil,
    aujourd'hui la pluie torrentielle
    ravage tous mes espoirs

    A peine les terrasses des cafés ressuscitées que la place du "village monde" s'enfonce

    dans la violence et les émeutes urbaines.

    A peine a-t-on eu le temps de trinquer et de boire un bon verre que la rue s'est à nouveau

    enflammée et révèle les contrastes saisissants d'un printemps bipolaire.

    A peine le temps de réaliser que nous avions échappé à un désastre sanitaire que nos esprits

    se voient à nouveau contaminés par la haine, l'injustice et des inégalités, de plus en plus criantes.

    Chaque matin, depuis le 11 mai, je me disais que nous allions reconstruire et repartir renouvelés

    par l'épreuve. Et voilà que le déchainement de brutalité sauvage nous rappelle à l'ordre et nous

    remet face à une réalité sociale rebelle et tenace.

    Le soir même de notre joie retrouvée de pouvoir trainasser à la terrasse d'un bon estaminet, nous

    voilà à nouveau emportés dans le flux incessant d'images de désolation.

    Faut pas rêver, je sais. Mais quand même, mon répit fut une éclipse éphémère et mon élan d'espoir

    de bien courte durée. De quoi désespérer et nous convaincre, pour de bon cette fois, que le mal véritable

    n'est pas le mystère d'une maladie terrifiante mais une épine plantée dans la racine la plus profonde d'un

    mal de civilisation bien plus grave et plus sévère encore.

    Je me demande aussi avec un brin de provocation si nos esprits ne sont pas perdus et égarés quand ils

    n'ont plus leur dose quotidienne de drames et de mauvaises nouvelles. Imaginez un instant que les chaînes

    d'info dite "continue" nous inondent de bonnes nouvelles du matin au soir. Le contrat télévisuel ne serait pas

    atteint, car nos cerveaux veulent de la "baston" et de la castagne. C'est la loi du genre.

    Mise en scène dramatique, constitutive de notre relation pathologique aux événements du monde.

    Ce printemps chaud et sec avait déjà jauni nos pelouses et nos prairies. Aujourd'hui, il pleut et mon jardin

    va enfin reprendre un peu de vigueur. A moins que la violence des orages ne viennent anéantir l'énergie que

    j'avais mise dans l'espérance d'une belle récolte. Dois-je voir dans cette alternance implacable de la météo

    le cycle inévitable, naturel et parfois infernal d'une existence suspendue à mes questionnements les plus

    épouvantés?

    MM


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  • "N'essaye pas de pardonner.
    Le pardon n'est pas quelque chose «à faire».
    Accepte simplement que ce moment est exactement
    ce qu'il faut qu'il soit maintenant.
    Et le passé était ce qu'il fallait qu'il soit.
    Accepte ta non-acceptation dans le présent.
    Pardonne-toi ton incapacité à pardonner.
    Sens ta respiration, les sensations dans ton corps,
    la vie qui brille et flambe en toi.
    Tous font de leur mieux, même s'ils ont l'air de faire le pire.
    Tous rêvent ou font un cauchemar, aux prises avec une douleur
    que tu ne pourras jamais comprendre.
    Tu n'as pas à approuver leurs actes.
    Tu ne pourras pas les réveiller.
    Tu n'as pas à aimer ce qui est arrivé.
    Laisse simplement partir l'illusion
    que cela aurait pu être différent.
    En tout cas, tu es différent maintenant.
    Ne te concentre pas sur les choses
    sur lesquelles tu n'as pas le pouvoir.
    Le passé est un pays lointain.
    Ramène ton attention à cet instant,
    la source de ton pouvoir véritable.
    Ton endroit de connexion.
    Réveille-toi de ce rêve
    où tu crois que quelqu'un a le pouvoir
    de te prendre ta paix intérieure.
    Laisse tomber le besoin d'avoir raison.
    Embrasse le besoin d'être libre.
    Sors de l'histoire de «ma vie».
    Reprends possession du moment.
    Sois ici, dans ta nouvelle vie.
    Fais ton apparition pour ce jour flambant neuf.
    C'est cela le pardon."

    JEFF FOSTER


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  •  

    RADHA RAJAGOPAL : Depuis que ce livre a été publié en Angleterre en mai 1991,
    j’ai reçu de nombreuses lettres et coups de téléphone. Mes correspondants, presque
    tous sans exception, m’ont exprimé leur gratitude pour avoir contribué à dissiper les zones d’ombre
    que j’évoquais dans ma première préface.
    De mieux connaître le côté humain de Krishnamurti et les contradictions entre son enseignement et
    sa vie privée a renforcé la signification de cet enseignement plutôt qu’il ne lui a nui.
    De mon côté, je suis reconnaissant à tous ces contacts. Ils m’ont fortifiée dans mon espoir que la plupart
    d’entre nous ne craignent pas de faire des découvertes susceptibles d’altérer notre perception de la
    réalité et que chacun est libre de tirer parti de ces découvertes en fonction de ce qui lui paraît essentiel
    en tant qu’individu responsable.
    Mon regret est que Krishnamurti n’ait pas vécu assez longtemps pour voir ce livre, car j’ai fait tout mon
    possible pour qu’il sorte de son vivant. Il ne l’aurait peut-être pas lu, mais il aurait su qu’il était là et au
    moins une partie de lui aurait compris pourquoi je devais l’écrire.
    Source : « Vies dans l'Ombre avec J. Krishnamurti »
     
    Aucune description de photo disponible.
     

    «... une partie de lui aurait compris pourquoi je devais l'écrire » dixit Radha Rajagopal.

    Oui, une partie de Krishnamurti, dans sa dimension la plus humaine, aurait très certainement

    compris et approuvé ce beau cadeau que Radha Rajagopal nous a fait à travers son livre :

    nous libérer de Krishnamurti en détruisant l'image idéalisée et infantile que nous avons plaqué

    sur lui en le prenant pour plus qu'un homme.

    « A Krinsh (Krishnamurti), je suis reconnaissante pour beaucoup de choses. Dès ma plus tendre

    enfance, il m'enseigna à être libre de la recherche désespérée de respectabilité et de sécurité,

    de gourous, maîtres et idéologies. J'appris de lui que les comparaisons et les étiquettes mènent

    aux préjugés et au malheur, et le conformisme à de médiocres imitations, qu'il ne peut pas y avoir

    de liberté là où il y a culpabilité et peur. Il me libéra de lui et m'enseigna à ne pas avoir peur d'aller

    sans but dans un pays sans chemin. » [Radha Rajagopal]

     
     
     

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  • Les poules et le prêtre...
    sous le cerisier

    Le vieux prêtre était dans notre jardin, ce dimanche de Pentecôte, à savourer un instant de

    retrouvailles avec la nature alors que le confinement l'avait obligé à rester reclus afin de ne

    prendre le risque d'une contamination fatale. Le voici donc, installé autour de la table de jardin,

    près du bassin nouvellement créé, à l'ombre du cerisier.

    La discussion s'installe, les langues se délient, en cette journée dominicale enflammée par la

    perspective d'une vie en renaissance après deux mois de repli forcé. Notre vieil ami, fatigué et

    laminé par l'épreuve du confinement, semble absent et lointain, attiré par je ne sais quel "bavardage"

    derrière lui. Attiré par le caquetage intempestif des poules, le voici en train de tourner le dos à la discussion

    et de prendre langue avec ses voisines plumées. Il leur parle, leur demande comment elles vont, se questionne

    sur leur façon de tournoyer autour de notre groupe, essaie d'interpréter cette ronde bruyante autour de notre 

     salon de verdure improvisé.

    Notre ami prêtre semble avoir quitté définitivement notre conversation. Il est parti "ailleurs", dans l'univers amusé

    des animaux de la basse-cour. Je me demande encore si son excursion vagabonde n'était pas une leçon formidable

    de cette journée ensoleillée: la vie n'est pas toujours dans le vif du sujet, elle est parfois dans ces petits à-côtés qui

    font pétiller l'envie d'être revivifié par la pure simplicité des choses.

    MM


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  • Sublime lettre d’un fils à son père : Papa,
    Une dernière nuit près de toi. Des bougies, un peu de whisky, ta main si fine et féminine qui

    sert la mienne jusqu’au p’tit jour du dernier jour. Ton regard enfantin qui désarme un peu plus

    le gamin que j’redeviens. Au-dessus de ton lit, un bordel de photos, de Jean-Loup Dabadie à Gisèle Halimi,

    de Desproges à Camus en passant par Guitry. Ça ne votait pas pareil, ça ne priait pas les mêmes fantômes,

    mais vous marchiez groupés dans le sens de l’humour et de l’amour.

    Au bout de tes jambes qui ne marchent plus, tes chats – sereins, comme des gardiens. Sur la table de nuit,

    un fond de verre de Coca, ultime lien entre ce monde et toi, quelques gorgées de force qui te permettent,

    du fin fond de ta faiblesse, de nous lancer des gestes d’une élégance et d’une tendresse insolentes.

    Fâché de ne plus pouvoir parler, tu envoies des baisers muets à ta femme adorée, à ta fille bien aimée, à la fenêtre

    sur l’Île Saint Louis, au soleil que tu fuis. Des gestes silencieux qui font un boucan merveilleux dans nos yeux malheureux.

    Tu auras mélangé les vacheries et l’amour jusqu’au baisser de rideau. Les « foutez l’camp » et les « je t’aime ».

    Caresses et gifles, jusqu’au bout. Incorrigible Cabotin, tu avais bien prévu ton coup : dans ton dernier morceau d’ mémoire,

    tu avais mis des « vous êtes beaux, je suis heureux, j’ai de la chance. C’est ta mère, là, devant moi ? C’est ma femme ?

    Oh Tant mieux ! ».

    On va t’emmener, maintenant, dans ton costume de scène. Celui des sketches et des revues de presse, des télés et des radios,

    celui qui arpenta la France, en long en large et en travers de la gorge de certains maires. J’ai dénoué ta cravate noire.

    On va t’emmener où tu voulais, c’est toi qui dicte le programme, c’est toi qui conduit sans permis. D’abord à l’église Saint Germain,

    tu n’étais pas très pote avec les religions, mais les églises, ça t’emballait. Tu disais « Faudrait qu’on puisse les louer pour des

    spectacles de music-hall, des projections de films, des concerts de poésies ». Il y aura des athées, plein d’arabes et plein de juifs.

    Ça aurait consterné ta mère, tu aurais bien aimé que ta mère soit fâchée. Puis on t’envole en Corse, dans ce village qui te rendait

    un peu ta Méditerranée d’Alger. On va chanter avec Izia et les Tao, du Higelin, du Trenet, du Dabadie et Nougaro. On va t’faire

    des violons, du mélodrame a capella : faut pas mégoter son chagrin, à la sortie d’un comédien. Faut se lâcher sur les bravos et occuper

    chaque strapontin. C’est leur magot, c’est ton butin. D’autant que je sens que tu n’es pas loin... Tu n’es pas mort : tu dors enfin.

    Nicolas Bedos


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