• Jiddu Krishnamurti "La vérité est un pays sans chemin"

     

    Il me semble qu'avant d'entreprendre un voyage à la recherche de la réalité, de Dieu,

    qu'avant de pouvoir agir, qu'avant de pouvoir établir des rapports réels avec autrui

    (nos rapports mutuels sont la société), il est essentiel que nous commencions par nous

    comprendre nous-mêmes.

    Je considère honnêtes et sincères les personnes qui donnent la priorité absolue à cette

    connaissance de soi et non à la façon de parvenir à un but particulier, car si vous et moi

    ne nous connaissons pas nous-mêmes, comment pouvons-nous, par notre action, amener

    une transformation dans la société, dans nos relations, dans nos œuvres, quelles qu'elles soient ?

    Se consacrer à la connaissance de soi ne veut pas dire s'isoler, s'opposer au monde, ni mettre

    l'accent sur l'individu, le moi, par opposition à la masse, aux autres.

    Comprenez plutôt que si vous ne vous connaissez pas, si vous n'êtes pas conscients de votre façon

    de penser, des raisons pour lesquelles vous tenez à certaines opinions, à certaines croyances sur l'art

    et la religion, sur votre pays, sur votre voisin et vous-même, bref si vous n'êtes pas conscients de tout

    ce qui fait votre conditionnement, il vous est impossible de penser avec vérité sur quoi que ce soit.

    Si vous ne voyez pas clairement votre conditionnement, lequel est la substance de votre pensée et

    son origine, ne voyez-vous pas que votre recherche est futile, que votre action n'a pas de sens ?

    Que vous soyez américain ou hindou et que votre religion soit ceci ou cela, n'a aucun sens non plus.

    Avant de chercher à savoir quel est le but de la vie, et ce que signifie ce monde chaotique d'antagonismes

    nationaux, de conflits, de guerres, nous devons commencer par nous-mêmes.

    Cela a l'air très simple mais c'est extrêmement difficile.

    Pour nous observer dans la vie quotidienne, pour voir comment fonctionne notre pensée, il nous faut être

    extraordinairement sur le qui-vive, devenir de plus en plus conscients des complexités de notre pensée,

    de nos réactions et de nos émotions, et parvenir ainsi à une lucidité de plus en plus grande, non seulement

    en ce qui nous concerne, mais au sujet de la personne avec laquelle nous sommes en rapport.

    Se connaître c'est s'étudier en action, laquelle est relation.

    La difficulté est que nous sommes impatients.

    Nous voulons aller de l'avant, parvenir à un but, de sorte que nous ne trouvons ni le temps ni l'occasion

    de nous étudier, de nous observer.

    Par contre nous nous engageons dans toutes sortes d'activités.

    Nous sommes si absorbés par notre gagne-pain, des enfants à élever, des responsabilités dans différentes

    organisations, que nous n'avons guère le temps de réfléchir, d'observer, de nous étudier.

    Mais la responsabilité de nos actions nous incombe, nous ne pouvons pas la faire endosser à autrui.

    Cette habitude que l'on a, dans le monde entier, de s'appuyer sur des guides spirituels et sur leurs systèmes

    me semble être une activité creuse et complètement futile, car vous pouvez lire les ouvrages les plus anciens

    ou les plus récemment parus, et errer par toute la terre, il vous faudra faire retour à vous-mêmes.

    Et comme la plupart d'entre nous sont aveugles en ce qui les concerne, il est bien difficile de commencer même

    à voir clair dans le processus de notre pensée, de nos sentiments et de nos actions.

    Plus l'on se connaît, plus il y a de clarté.

    La connaissance de soi n'a pas de limites ; elle ne mène pas à un accomplissement, à une conclusion.

    C'est un fleuve sans fin.

    Plus on s'y plonge, plus grande est la paix que l'on y trouve.

    Ce n'est que lorsque l'esprit est tranquille grâce à la connaissance de soi (et non par l'imposition d'une discipline)

    qu'en cette tranquillité, en ce silence, la réalité surgit.

    Alors seulement est la félicité, l'action créatrice.

    Et il me semble que sans cet entendement, sans cette expérience, lire des livres, écouter des discours, se livrer

    à de la propagande est une activité puérile qui n'a pas beaucoup de sens.

    Mais celui qui est capable, en se comprenant lui-même, de donner naissance à ce bonheur créatif, à ce « quelque

    chose » vécu qui n'est pas du monde de la pensée, peut-être produit-il une transformation autour de lui dans ses

    relations immédiates, donc aussi dans le monde où nous vivons.


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    Eclipse de Madame la Baronne

    J'ai aimé apprendre, hier soir, lors de ma tournée télévisuelle des actualités, que Madame Léonie Cooreman,

    pardon, Annie Cordy, avait été couronnée Baronne par le roi de Belgique. Je ne doute pas un instant qu'elle

    s'en fichait comme de sa première culotte, mais j'avoue sincèrement, que cette distinction a bougrement agité

    mon esprit la nuit dernière. Qu'une artiste du show biz soit ainsi promue dans les rangs des premiers de la société

    des humains par le Roi Albert II, m'a donné une leçon de morale et d'impératif catégorique à ne jamais juger qui que ce soit.

    Oui, lorsque j'étais jeune, Annie Cordy représentait, pour moi, les bas-fonds d'un système télévisuel et artistique agité par

    les pires démons.

    Il est vrai que je ne connaissais cette artiste que par le petit bout de la lorgnette, c'est-à-dire par la petite fenêtre de cette

    télévision qui, à l'époque, était strictement filtrée par mes parents. La chanteuse de la "Bonne du curé" m'était désagréable

    même si je me suis surpris à chanter cette mélodie plus d'une fois dans ces soirées entre camarades où rien n'est trop dérisoire

    pour s'amuser entre bons copains.

    Je le dis, haut et fort, je n'aimais pas Annie Cordy, mais, la bougresse, elle avait réussi l'exploit de me faire aimer ses chansons

    les plus terre à terre, pour ne pas dire "bêta". C'est un bel enseignement que de constater, non sans regret, que les stars de la TV

    savent quelquefois nous faire aimer la partie cachée de nous-même que nous n'osons révéler au grand jour de peur de n'être pas

    assez bien pour paraître en société.

    Alors que Madame la Baronne vient de quitter la scène de l'existence, je suis prêt à parier qu'elle restera encore longtemps dans

    ma mémoire comme une femme reflétant les paradoxes de notre passage sur terre: nous n'aimons pas ce qui trouble notre relation

    aux choses dites "bien", mais nous sommes affamés de ce talent, chez certains artistiques, qui nous apprend à apprivoiser en nous

    l'ombre mal-aimée et surtout inconnue de nous-même.

    Je vais vous faire une confidence, Madame la Baronne, maintenant que tout est prêt pour que vous deveniez la Bonne servante du

    Bon Dieu, ce que j'aimais en vous, et que j'ai mis tant de temps à avouer, c'est votre bonne humeur, votre élan tournoyant enivrant,

    votre capacité à venir nous visiter incognito et nous inviter à sans cesse avoir le sourire aux lèvres et le pas de danse qui nous faisait

    sentir le grand bonheur d'exister.

    Merci, Madame la Baronne, merci.

    MM


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  • De quoi peut-on parler, valablement?!

    Je remarque combien, de plus en plus, il devient quasi impossible de dialoguer avec des interlocuteurs

    qui considèrent, là aussi de plus en plus souvent, que vous n'avez pas plus d'autorité et de crédit qu'eux

    pour affirmer telle ou telle opinion, argument ou pensée. Je me trouve dans de plus en plus de situations,

    familiales et amicales, où la moindre affirmation de ma part est automatiquement contredite par des

    allégations opposées. "Tu dis blanc", -"eh bien moi, je te dis noir ou gris car ma vérité est aussi importante

    que la tienne".

    Je suis bien sûr d'accord pour dire que la parole de l'autre est aussi importante que la mienne, ça, oui. Mais

    ce que je ne comprends pas, c'est que la moindre émission d'une idée est systématiquement contredite par

    une objection catégorique: "Pourquoi c'est toi qui aurait raison?".

    Après longue réflexion sur le sujet, je pense qu'en fait, l'enjeu n'est pas le désaccord sur les idées mais la

    volonté de s'opposer à votre personne. Vous aurez beau expliquer à un opposant que la terre est ronde, il

    vous répondra toujours que ça reste à prouver. Pire encore, il sera difficile de faire comprendre votre douleur

    ou votre émotion, tellement celle de votre interlocuteur est le centre de tout. Ce relativisme absolu est le résultat,

    je le sais bien, de décennies où les élites ont voulu faire avaler n'importe quoi aux classes moins formées et aisées.

    Le résultat est là, il devient impossible, y compris quand votre métier est d'enseigner, d'affirmer que les boutons

    d'or sont jaunes ou qu'un ballon de football est rond. J'exagère à peine. L'autre jour, j'essayais d'expliquer à un

    proche qu'il existe aujourd'hui des entreprises qui innovent en donnant plus d'autonomie et de responsabilité aux

    salariés. J'ai eu beau m'appuyer sur mon expérience, des témoignages parlants et mes lectures universitaires, mon

    interlocuteur s'acharnait à me répondre que "Je ne connaissais rien au sujet" et que j'étais trop naïf pour croire

    qu'on puisse diriger une entreprise sans être exclusivement penché sur les bénéfices et les marges de croissance interne.

    Impossible de dialoguer. Dialogue de sourds.

    Pour regrettable que soit cette situation, je me dis qu'il faut que ce constat me conduise, plus que jamais, à insister sur

    des arguments ouverts à la discussion:

    1-Ne parler que de ce que je connais d'expérience.

    2-Rester modeste dans la formulation des arguments: tout bouge rapidement aujourd'hui.

    3-Rester ouvert à la relativité de mon propos. La vérité n'est pas la véracité. Une vérité pour moi, n'est pas une vérité

    pour mon voisin ou mon collègue.

    4-Ce que nous affirmons doit être jauger à la capacité de l'autre d'entendre ce que j'ai à lui dire.

    5-Choisir le moment et le lieu: une vérité peut être dite autour d'un repas partagé mais pas forcément entre deux portes

    avant de partir au travail le matin.

    6-Tenir du compte du fait que les encyclopédies numériques modifient en profondeur la relation à la vérité. Désormais chacun

    croit pouvoir posséder à portée de main une vérité en cliquant sur un moteur de recherche.

    7-La relation aux autres est aujourd'hui bâtie sur le partenariat et l'égalité, plus personne ne veut s'appuyer sur l'autorité

    d'un notaire, d'un avocat ou d'un médecin pour décider de ce qui est bon pour lui.

    8-Les grands producteurs de sens collectif: les États, les Gouvernants, les religions ont perdu une grande partie de leur crédibilité

    du point de vue du rapport à la vérité. Désormais chacun est l'architecte du sens qu'il se construit lui-même, comme il peut, et loin

    des cadres préétablis.

    La liste est longue des raisons qui font qu'aujourd'hui, la parole de l'autre est altérée par une suspicion généralisée. A nous d'agir

    en conscience lorsque nous parlons avec quelqu'un. Ce qui est sûr, c'est que chacun doit se creuser la tête et le coeur, s'il veut avoir

    quelque chance d'être entendu, cru, compris. Après tout, n'est-ce pas une chance que de devoir construire ensemble une vérité qui

    ne vient plus du ciel ou des élites, mais doive être élaborée collectivement.

    MM


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  • Lyne Bouchard

     

     

     

     

    J ' avais passé une heure à la banque avec mon père, car il devait transférer de l'argent. Je n'ai pas pu me résister et j'ai demandé...

    ' ' Papa, pourquoi ne pas activer ta banque internet ? Je ne peux pas vous aider à

    ' ' Pourquoi ferais-je ça ? '' Il a demandé...

    ' ' Eh bien, alors vous n'aurez pas à passer une heure ici pour des choses comme le transfert.

    Vous pouvez même faire vos courses en ligne. Tout sera si facile ! Je ne peux pas vous aider à

    J ' étais tellement excitée de l'initier dans le monde du Net Banking.

    Il m'a demandé : ′′ Si je fais ça, je n'aurai pas à sortir de la maison ?

    ′′ Oui, oui ′′ ! J ' ai dit. Je lui ai dit comment même l'épicerie pouvait être livrée à la porte maintenant et comment Amazone livre tout !

    Sa réponse m'a laissé la langue.

    Il a dit : ′′ Depuis que je suis entré dans cette banque aujourd'hui, j'ai rencontré quatre de mes amis, j'ai discuté un moment avec le personnel qui me connaît très bien maintenant.

    Tu sais que je suis seul... c'est la compagnie dont j'ai besoin. J ' aime me préparer et venir à la banque. J ' ai assez de temps, c'est la touche physique que j'ai envie.

    Il y a deux ans, je suis tombé malade, le propriétaire du magasin chez qui j'achète des fruits, est venu me voir et s'est assis près de mon chevet

    Quand ta maman est tombée il y a quelques jours pendant sa promenade matinale. Notre épicier local l'a vue et a immédiatement pris sa voiture pour la ramener chez elle car il sait où j'habite.

    Est-ce que j'aurais cette touche ′′ humaine ′′ si tout devenait en ligne ?

    Pourquoi voudrais-je que tout me soit livré et que je me force à interagir avec juste mon ordinateur ?

    J ' aime connaître la personne à qui j'ai affaire et pas seulement la ′′ vendeuse Ça crée des liens de relations.

    Amazon livre-t-elle tout ça aussi ? Je ne veux pas que tu me manques.

    La technologie n'est pas la vie..

    Passer du temps avec les gens.. Pas avec les appareils.

    Écrivain : Inconnu


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  • "Prière" du matin,

    Le plus que je peux, tranquillement

    Et sans la crainte des vagues au-dedans,

    J'essaierai, ce jour, et les jours suivants,

    De puiser en moi la force d'une paix,

    L'énergie généreuse d'un fruit qui pousse,

    Lentement, et sans trace du moindre tourment.

    Autant qu'il me sera donné

    De pouvoir en cueillir les graines

    Et de me délecter des fruits de la terre,

    Je voudrais que tel un oiseau dans le ciel gris,

    Je puisse envelopper mon esprit

    D'un rayon de soleil bienfaiteur.

    Je voudrais aussi avoir l'ardeur de croire

    Que le reflet de l'arbre à la surface de l'eau

    Est plus réel que ses racines plantées

    Au bord de mon âme en peine

    Flétrie par les blessures du chemin.

    J'invoquerai enfin la flamme invisible

    Capable de déposer dans mes mains,

    Mon coeur et mon esprit contrit

    La douce chaleur des lendemains.

    Si ma prière n'est pas exaucée,

    Mon Dieu quelle bonté!

    Je n'en serais que plus avide

    De chercher en ta beauté innée

    La fine fleur d'une quête

    Qui creuse en moi une source inespérée.

    MM


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